La base line « Donnons du sens » n’aura jamais été aussi vraie à l’heure du nouvel habillage signé de la chaîne parlementaire.

Nouvelle typographie, nouvelle identité graphique mais, surtout, nouvelle identité sonore. A cette occasion, nous sommes allés à la rencontre de Bertrand Delais, PDG de la chaîne, et Wax Tailor, metteur en son de cette nouvelle identité sonore.
Décryptage.

 

Bonjour Wax Tailor, Bertrand Delais nous a parlé du choix de faire appel à vous et qui est arrivé très tôt dans son esprit, comment s’est faite la connexion avec LCP ?

Wax Tailor: Il m’a appelé en me disant qu’il prenait de nouvelles fonctions au sein de la chaîne, et qu’il avait pensé à moi pour son habillage.

 

« Je fais souvent des brainstorms à partir de mots clefs, cela m’aide à trouver ce que j’ai envie d’évoquer »

De manière générale, comment travaille-t-on sur une création destinée à un média et en particulier sur une chaîne en particulier ?

Wax Tailor: Durant notre première discussion, quand Bertrand Delais m’a proposé le projet, je lui ai déjà demandé ce qu’il entendait par habillage, en termes de directions, de volumes….

J’avais une vision ou un sentiment que je souhaitais confronter. Une vision sur ce qu’était la chaîne, et j’ai réfléchi à ce que cela pouvait m’inspirer. Je fais souvent des brainstorms à partir de mots clefs, cela m’aide à trouver ce que j’ai envie d’évoquer.

Et puis il y avait une autre idée. Celle de créer une unité à travers une seule création avec des déclinaisons, des façons de mettre en rythme différentes mais toujours avec le même thème. J’ai ensuite commencé à travailler et cette création est tombée à un moment où je recommençais à travailler en studio pour moi, donc j’avais pas mal de choses en tête.

J’ai donc essayé de confronter cette création à mon état d’esprit en tentant de me baser sur ce que je ressentais.

 

Comment travaille-t-on à 3 entre la vision de la chaîne, votre vision et la vision de la directrice artistique (Anne Caminade) ?

Wax Tailor: Je ne saurai pas bien répondre à cette question car dans le mode de fonctionnement, je suis arrivé avec une première mouture qui a engendré des échanges.
Au final avec la directrice artistique, il s’agissait plus d’un travail en ping-pong plus qu’un travail en commun. Elle m’avait envoyé des éléments graphiques de ce qui allait être mis en place.

 

Sur la création, nous avons noté deux tendances fortes : la présence de cordes et une écriture « très chaîne d’information » (arpège);  et de l’autre côté une approche « swing » qui vient casser ce côté sérieux, quelle était votre volonté ?

Wax Tailor: Je voulais créer cette unité de thème mais avec des déclinaisons d’intentions comme dans certaines bandes originales de films des années 60/70 notamment. Comme celles de John Barry avec un thème principal, une version swing, une autre mélancolique, une version piano, une version orchestrale etc.
J’adore cette idée du thème qui revient et on a l’impression de le redécouvrir à chaque fois parce qu’en musique au final, on est toujours en train de tournicoter autour des mêmes notes.

Moi je pense que cela se joue dans les intentions qu’on a envie de faire passer. Par rapport à la chaîne d’info, et cela a pu être un point de désaccord artistique. J’avais sans doute une vision plus sombre que ce qui était souhaité et je l’assume encore car, aujourd’hui, dès qu’on parle de choses sombres, on a l’impression qu’on va faire fuir les gens, alors que je ne le pense pas.

Dans les termes que j’utilisais pour parler de cette création, j’ai utilisé le terme spartiate. J’ai utilisé également un élément très important pour moi qui était le métronome et qui fut mon point de départ. Je suis parti sur rythmique à 60 BPM (battements par minute) avec la volonté de la doubler pour marquer l’information qui s’accélère.
Ce qui est toujours compliqué dans la musique, c’est qu’à la fois on peut en parler mais cela reste de la musique, car je peux vous expliquer pendant une heure pourquoi j’ai fait un morceau, et de l’intention qu’il y avait derrière, au final ça reste de la musique.

C’est un peu comme expliquer un tableau et l’histoire qu’il y a derrière, si ça ne parle pas, ça ne parle pas. Pour revenir à la création pour LCP, il y avait toutes ces données-là, le rapport au temps, le rapport à la gestion de ce temps dans l’information, et puis il y avait cette idée qu’à travers les percussions il y avait le rapport à l’assemblée que je souhaitais évoquer comme une « arène » surtout lorsqu’on voit comment parfois certains peuvent s’invectiver. En tout cas, je l’ai retranscrit sans même me poser la question de savoir si c’était politiquement correct mais comme que je le percevais.

 

Le choix de ce logo décliné, a pour vocation d’impulser une image forte. Bertrand Delais nous disait qu’avec cette création il jouait la carte du temps.

Wax Tailor: J’espère, sachant que nous avons eu des discussions où je disais que j’étais nostalgique de certains indicatifs télévisuels qui restaient et qui traversaient plus le temps que certaines virgules, que l’on pourrait sortir facilement avec les outils de sound design que l’on a aujourd’hui.
D’ailleurs les personnes qu’on devrait remercier le plus, ce sont les développeurs car les outils actuels nous permettent très rapidement de créer des virgules avec la tonalité du moment.

 

Une idée d’un indicatif qui pourrait illustrer vos pensées ?

Wax Tailor: Oui d’ailleurs je me souviens avoir donné l’exemple du thème des dossiers de l’écran qui avaient presque quelque chose d’oppressants mais qui rendaient ce moment solennel et pour moi ce sont des choses qui restent.

J’ai pensé également au grand compositeur comme François De Roubaix, qui pour moi est une ultra référence, quelqu’un capable de créer dans des registres différents de chapi chapot à d’autres thèmes complétement à l’opposé.

LCP, c’est également une chaîne qui a une véritable vocation, ce n’est pas C8 et Hanouna, du coup pour moi, ce n’est pas dérangeant d’avoir de vrais partis-pris.

 

Le fait d’avoir fait appel à vous est un parti pris à part entière ?

Wax Tailor: Je l’espère, en tout cas, cela faisait parti de ma réflexion de penser que si cette chaîne a fait appel à moi, ce n’était pas pour que je ne sois pas dans la « tendance » mais que j’injecte quelque chose d’un peu différent.

 

D’ailleurs Bertrand Delais nous a dit qu’il vous percevait comme un architecte sonore…

Wax Tailor: Tout à fait, il m’a dit comment il percevait mon travail. Je l’entends parfaitement, d’ailleurs quand on me pose la question à titre personnel, je dis que je suis « metteur en sons ». Cela implique plein de choses, je suis plus quelqu’un qui pense la musique et qui la met en forme par l’intermédiaire de diverses sources internes et externes, mais surtout convaincu qu’il y a une forme d’évocation collective dans le son et que tout passe par la sonorité. Au final, dans le champs des déclinaisons, des mélodies (je ne dis pas que les mélodies ne sont pas importantes, mais cela fait 50 ans qu’on tournicote autour des mêmes choses, et qu’on n’a rien inventé depuis Sergent Pepper), la vraie question, c’est comment on les remet en forme, qu’est-ce qu’on y injecte.

LCP était une première dans la création sur mesure ?  Avez-vous d’autre projets de création pour des marques en cours ?

Wax Tailor: Sur ce format-là, oui et dans la manière également, excepté pour une création de générique pour France Inter (la Tête au Carré). Après c’est toujours une question de moment,  à savoir le temps que j’ai à y consacrer et dans la démarche, est ce que c’est quelque chose que j’ai envie de faire. Parfois aussi, je pourrais dire non par rapport à la marque et par rapport à ce qu’on attend de moi car si c’est si c’est pour essayer de singer untel ou untel qui ferait probablement mieux que moi, je n’y vois pas l’intérêt.

Merci Wax Tailor de votre participation.

 

LIRE L’ARTICLE « L’ habillage de LCP fait peau neuve! Entrevues croisées de Bertrand Delais et Wax Tailor – Chapitre I »

 

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