« Entrevues » est le rendez-vous des acteurs qui combinent marques et musique. Pour notre interview du mois de juillet, nous sommes allés à la rencontre de Simon Henner.

Ce nom ne vous dit peut-être rien, mais vous avez forcément déjà entendu parler de lui derrière l’un de ses nombreux projets : Nasser, Husbands, French 79 (son projet solo), et très récemment La Rivièra, qui réunit le gratin marseillais (Kid Francescoli et Yohan de Date With Elvis).

Cet auteur-compositeur-producteur-interprète, régulièrement sollicité pour de la composition pour des musiques de pubs, a accepté de nous donner sa vision sur la relation entre la musique et les marques.

 

# L’EDS – Bonjour Simon ! Merci d’avoir accepté de répondre à nos questions.
Apparemment, tu as été professeur de musique à l’Éducation Nationale. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus sur ton parcours ? Comment passe-t-on de la flûte à bec aux machines et claviers électroniques ?

Simon – j’ai étudié la musique au conservatoire, j’ai donc toujours joué de la musique et fait des concerts; ça a toujours fait partie de ma vie.
Être prof de musique m’a toujours plu. J’ai enseigné quelques années, mais j’ai vite beaucoup tourné avec NASSER et ça a commencé à être un peu compliqué de tout gérer, j’avais l’impression d’avoir une double vie. Après 2 ou 3 ans à mi-temps, j’ai dû arrêter pour me consacrer à 100% à ma « carrière d’artiste » et de producteur. Et depuis un peu plus de deux ans, je suis en solo sous le nom de French 79. Et, dès le premier single, l’aspect visuel a été important: le clip de Between the Buttons est une installation filmée des Cauboyz pour la Montreux Jazz Academy.
J’ai d’ailleurs joué au festival il y a dix jours, juste avant Brian Wilson des Beach Boys, c’est le genre de consécration assez jouissive. Et tout récemment les Cauboyz ont réalisé le clip d’Olympic qui est assez incroyable: un hommage à Star Wars, à 2001 l’Odyssée de l’Espace… et au DIY.

 

# L’EDS – Tu as aujourd’hui un « CV » assez impressionnant !

Simon – Disons assez multi-tâches. Mais c’est ce qui me plaît dans la musique : alterner les tournées, la composition, la production pour d’autres artistes, faire des remixes, travailler pour l’audiovisuel, ré-arranger certains de mes titres pour certains films…

 

# L’EDS – Oui ! D’ailleurs tu collabores beaucoup avec d’autres artistes, tel que Kid Francescoli, Martin Mey, etc.
Tu peux nous en dire un peu plus sur ces collaborations ?

Simon – Ce sont des artistes qui sont avant tout des amis. Je fais surtout un travail de réalisation avec eux. C’est-à-dire que je les aide sur certains points à différents moments de leur processus de création et de production.

Pour certains, c’est un travail technique en studio au moment des prises, pour d’autres ce sont des arrangements de cordes à la fin de la composition; parfois je me retrouve à faire des over-dubs de batterie à la toute fin… Certains arrivent avec des titres très aboutis, et d’autres avec juste une ligne de chant. C’est un travail que j’aime beaucoup mais qui demande beaucoup de temps.

 

# L’EDS – Toi qui as aussi l’habitude de travailler sur de la composition de musique à l’image, quelles sont les difficultés face auxquelles tu te retrouves confronté le plus souvent ? Et quelles sont les demandes les plus saugrenues que l’on t’ait faîtes ?

Simon – Le plus compliqué dans le milieu de la pub est de faire face à beaucoup d’intermédiaires et plusieurs niveaux de décisions à chaque étape : entre le client, l’agence, la boîte de prod, le réalisateur, l’éditeur/label et l’artiste, le message est souvent brouillé.

« La difficulté est d’être sûr qu’on parle la même langue »

Plus il y a d’avis demandés, moins on a de chance de remporter le brief. C’est pourquoi, une forte direction artistique est primordiale. Quand les choses sont claires (avec les bonnes références, un moodboard détaillé, qu’on peut visionner le film, avoir les time-codes, une note d’intention bien rédigée, les informations nécessaires sur le budget et le client…), c’est beaucoup plus facile mais c’est assez rare et les délais sont très courts, donc il y a une part de loterie et de frustration assez importante.

Au-delà des impératifs « techniques », la difficulté est d’être sûr qu’on parle la même langue : «fleuri», «comédie musicale», «french touch» ou «entraînant» ne veut pas dire la même chose pour tout le monde.

Mais plus j’avance, plus le milieu me connaît et quand je suis contacté, c’est généralement parce qu’on apprécie mon travail et qu’on me fait déjà confiance ; les demandes sont donc plus ciblées.

 

# L’EDS – En effet, la musique est quelques chose de, finalement, assez subjectif et il n’est pas rare, on imagine, que tes interlocuteurs n’aient pas de «culture musicale». Cela complique-t-il les échanges ?

Simon – Oui, surtout lorsque les décideurs ont quelque chose de très précis en tête mais qu’ils n’arrivent pas du tout à le formuler. Ou à l’inverse qu’ils ne savent pas ce qu’ils veulent mais ne sont pas réceptifs à essayer des choses nouvelles. C’est là que mon éditeur (et aussi label) intervient pour faire l’intermédiaire, filtrer, demander les bonnes informations, reformuler, recadrer… Je lui parle tous les jours. Lui parle au monde de l’audiovisuel tous les jours également. Ca permet de traduire et d’avancer plus facilement.

 

# L’EDS – De plus, la musique est malheureusement et très souvent la dernière roue du carrosse dans le processus créatif. Tu peux nous donner ton point de vue là-dessus ?

Simon – Bien souvent, les montages se font sans la musique (ou sur une musique test qui n’aura rien à voir avec celle utilisée in fine): là, c’est compliqué car on me demande de coller aux images qui ne sont pas calées avec ma musique.

« Le monde de l’audiovisuel oublie ou délaisse souvent la partie « audio » du métier »

Le travail d’editing est alors fastidieux et il manque souvent un peu de magie. On sent que c’est moins naturel. Quand les choses sont faites dans le bon ordre, c’est beaucoup plus facile et surtout le résultat est tellement mieux. L’idéal est de tourner les images en amont, puis fournir les rushs de la video aux musiciens pour composer ou éditer, puis faire le montage en dernier. Le monde de l’audiovisuel oublie ou délaisse souvent la partie « audio » du métier et c’est dommage pour les films.

 

# L’EDS – Si demain tu avais le pouvoir de changer UNE seule chose là-dessus, quelle serait-elle ?

Simon – Exactement ça : faire les choses dans l’ordre : TOURNAGE – COMPOSITION – MONTAGE – FINITIONS.

 

# L’EDS – En juin dernier s’est tenu le MIDEM où Pedro Winter y a dit que la synchro, c’était « the cherry on the cake ». Est-ce que tu es d’accord avec cette formulation ?

Simon – Il faut bien faire la différence entre une synchro où on utilise une musique qui existe déjà (lorsqu’une agence de pub ou une marque achète un morceau pré-existant d’un artiste et l’inverse) et lorsqu’on fait appel à un musicien qui doit composer une musique spécialement pour une pub ou un film.

Ce que dit Pedro Winter est surtout vrai dans le premier cas, où l’on est souvent bien rémunéré pour un titre déjà composé et enregistré; à la différence du second, souvent moins bien payé, plus aléatoire et qui nécessite beaucoup de travail.
Sauf si l’idée du client est vraiment de collaborer avec un artiste et de revendiquer ce travail en commun et non de mettre plusieurs compositeurs/producteurs en compétition pour faire une démarque d’un titre connu et au final avoir un titre de library lambda.

 

# L’EDS – Tu as très récemment collaboré pour le projet « 24 words for Paris 2024 » qui, en moins de 24h, a été vue 600.000 fois. As-tu eu des retours déjà ? Et sur un projet tel que celui-ci, quelles sont les retombées ?

Simon – Cette video a effectivement beaucoup de succès, et j’ai reçu énormément de compliments sur la musique. C’est marrant car mon album s’appelle Olympic. Avec les Cokau qui sont à l’origine du projet, nous avions déjà travaillé ensemble sur un projet similaire, « 3 Mots pour Paris » (avec le titre Between The Buttons), qui avait eu un rayonnement international et beaucoup de selections en festivals.
Donc je ne suis pas complètement surpris de l’accueil très positif, mais ça fait toujours plaisir… D’autant plus que ce titre (Diamond Veins) plaît déjà beaucoup en dehors des utilisations en synchro. Les retombées concrètes ne sont pas effectives immédiatement, cela se ressent plutôt dans les mois qui suivent. On verra bien, ça fait presque un an et demi qu’on a lancé la dynamique sur mon album et c’est vraiment maintenant que je vois que les bases sont solides : les fans, les media, les programmateurs, les agences… J’ai beaucoup tourné depuis 9 mois et je viens de faire trois festivals ce week-end dont les Vieilles Charrues et Dour : je vois la différence dans le public, même si dès le début les gens étaient déjà ravis. Là, les gens adhérent à 200% et comprennent ce que je veux faire avec ma musique. On me dit que l’album et le live font « voyager ». C’est la plus belle chose qu’on puisse dire de mon travail.

 

# L’EDS – Merci Simon d’avoir répondu à nos questions…
Mais, avant de te laisser partir, peux-tu nous dire quel est LE titre que tu aurais aimé composer ?

Simon – Je dirais La Ritournelle de Sébastien Tellier.

 
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© Photo couverture : CAUBOYZ
 
 
 

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